Audiberti grand écrivain oublié

Il y a une œuvre qui, année après année, relecture   après relecture, m’éblouit.Cemme d’audiberti, aussi bien pommes que pièces de théatre, que romans,que journaux intimes.Francois Truffaut la vénérait, avec raison.. Elle tombe dans l’oubli si j’en juge par les réactions -rares-  depuis sa mort.

Ce fils d’un maçon italien fut ongt longtemps journaliste dans les grands quotidiens parisiens, depuis la rubrique « chiens écrasés » jusqu’à la critique dramatique.
J’ai mes livres préférés:(« le maitre de milan », « marie Dubois »,le plus tendre.. émouvant… »  ou « les tombeaux ferment mal ».et enfin ce superbe « dimanche m’attend.. »

Son chef -d’œuvre, plutôt journal intime,  reste le récit de ses journées  de pieton dans paris et de la banlieue  promenade avec la mort  da que son médecin lui a annoncé, inéluctable pour dans quelques mois..

. Quel cas curieux cet Audiberti.

Il monte à paris à 25 ans . En 1924, il travaille au « petit parisien »,où il passe des « chiens écrasés »  à la critique dramatique, ou les potins du jour,  mais il préfère « les chiens écrasés »la bru qui tue à la hache,le parlementaire  en goguette qui rate son virage et  met sa panhard dans la Seine..  Il traine  dans  les bistrots popu avec l’image de Bartali sur le percolateur , les grandes catastrophes en manchette des journaux du soir.., les  ouvriers banlieusards  pécheurs des bords de Marne, les trottoirs avec des bouts de mégots, les bidasses 1O au jus, les bignolles des Batignolles ,les gares l’hiver et ses cafés aux vitres pleines de buée.., les bancs du palais royal, les passages parisiens, les pavillons de banlieue et leurs réserves de bois, les bavardages sur les marchés, les reporters en imper  qui courent dans les escaliers de palais de justice , les vieilles en manteaux peau de lapin  mangeuses de gâteaux, et surtout il frequente les théâtres de quartier  un peu crades au fond d’une impasse à lierre,des petites troupes, des textes de vitrac, même Guignol….Il reluque les mignonnes parisiennes bien lavées des beaux quartiers, les pensions avec volets verts et potage légume, les outrances langagières de ceux qui ont cinq calva dans le nez du côté des Halles ..Notre Audiberti est lent, complexé, gros,  l’œil un peu vague.,gros pardessus et pas trainant, ruminant des  appétits sexuels mal  assouvis.

Il  séduit  leon- paul Fargue, benjamin Péret. Il publie à compte d’auteur un recueil de poèmes  en 1930, « l’Empire et la trappe » qui suscite l’enthousiasme de  valery Larbaud, de Gide et de jean Paulhan… excusez du peu…

En 1938, Gallimard publie son premier roman « Abraxas », qui, comme tous ces romans, comporte un torrent d’images à la fellini, dees confidences jetées en travers, des dérapages, des incises, des feux d’artifice verbaux, des charmantes digressions sur d’autres digressions, passant de son Antibes natal et si proletaire  à une arrière salle de Pigalle avec entraineuses et michetons….. .parfois ce sont des variations magnifiques sur  la vie, la mort, les gens pas si humains qu’on croit(voir son étonannt essai sur l’abhumanisme »si actuel),  des parents plus perdus que leurs enfants ,  avec souvent  derrière  les lignes et arabesques  une mélancolie déchirante. Ca fait  tres  cirque façon » huit et demi » et, comme Fellini, un fond catho n’est jamais loin.. ce qui permet de mieux regarder les humiliés ou ceux qu’on ne regarde pas..Apres –guerre, à 47 ans,  il  aborde le théâtre avec  « le mal court » (1947) un côté cour de récréation..pas du tout le sérieux de gauche Vitez.. lui s’amuse et brode avec des personnages qui ont la légèreté des fantasmagories de boite à musique,des divertissements si  surréalistes(comme si la littérature ne pouvait tomber  dans les pattes du clergé universitaire.. belle époque..) ou il découpe au ciseau  des vignettes romantiques  et dilapide son talent naturel, ssi spontané,  avec   une grâce XVIII° siècle.. là encore des leçon de légèreté et de fantaisie…

ce qui  frappe c’est qu’on peut ouvrir ses romans ou son théâtre à n’importe quel page, il y a sauts, cabrioles, verdeurs, vivacités, amusements, verve,des confidences de minuit.. jmais on ne comprend mieux en le lisant  qu »un écrivain est d’abord un type qui parle tout seul avec un crayon..soudain il nous déploie   des morceaux d’érudition  sur un hotel prés de l’Odeon.. quel observateur  toujours curieux de tout ;  mais surtout surtout une manière de remuer les mots, des torrents d’images, des himalayas d’images  dignes de Hugo, ce Hugo de la Légende des Siècles..ce Hugo  qui resta jusqu’à sa mort son admiration, son maitre et  sans doute, une source  de méditation religieuse en avançant sur le désolé  promontoire et récif de la Mort et ses vagues grises  si monotones..

comme on le voit dans « dimanche m’attend ».notez: »dimanche m’attend ».

ce dernier texte promis à Gaston Gallimard,qui le tenait en haute estime….donne ici la plénitude  de son talent.. la merveille ,fabuleuse, sincère, foisonnante,entre réalisme et fantastique..d’un homme  avec son carnet en poche et son stylo bille qui se promène dans Paris et la  banlieue vers  la vallée de Chevreuse  sachant qu’il a dans son portefeuille   des analyses médicales qui ne lui donnent plus que  quelques  semaines à vivre…  oui  j’aime Audiberti comme un frère,un ton si chaleureux et rappoché du lecteur,  et  comme lui je lis le Hugo de « la fin de Satan, » avec la mêle curiosité  devant   des  fusées verbales saisissantes..cet Audiberti  se délivre du poids de la vie imparfaite  par la jubilation de  l’écriture,  il fait comprendre ce qu’est l’érotisme des mots.

Pour lui écrire, c’est lever le camp, faire sonner la trompette,  courir, se faufiler dans les foules des villes avec un entrain particulier,vite un carnet et un bout de crayon gras …  et remarquer  noter dégusteer, quel appetit aussi pur les bistrots et « leurs cristalleries étagées,tous les téhtres fugitifs du soir sous les reverbères ou vers des porchees..ilo sait marcher la nuiut comme un insomniaque heureux dans un quarrier qu’il connaait peu.. ou bien descendre  vers la Seine pour surprendre  » un quai tout piqueté d’étincelles » »,ou derrière saint severin, des bistrots grecs avec des nappes un peu grasses.Il aime les gares:  prendre un train gare de Lyon  avec sa popultion « million de seins nus,grouilleemetns de genoux,sable terrifiant des cranes, l’amoureux univers des femmes et des hommes quui s’apellent chou,piegon et aussi ma crotte,ma grosse »..

On ne sait pas pourquoi il nous embarque dans deux pages superbes sur le Lac du Bourget,c’st son secret et son charme.. dans  le roman « La Nâ ». .. ou ce chapitre sur les « jambes de femmes » que Truffaut a dû apprendre par coeur.. »mon oeil visite,gratte, compte », dit-il au détour d’une page…… il déroule la tapisserie bigarrée  des femmes, »dans la blancheur des abords des hotels »,petites, grandes, belles, ingrates, bavardes,colorées,livides bouillantes ou disant bonne nuit en baîllant.

.Car il y a une sensibilité d’Audiberti   aux femmes, et qu’un François truffaut avait si bien noté. Il en a nourri ses meilleurs films,jusqu’au pastiche,  depuis « la peau douce » et « ne tirez pas sur le pianiste »  jusqu’à  «L’ homme qui aimait les femmes »,un traité d’audibertisme…  ou  dans « la  mariée était en noir »

-je signale que  dans ce dernier film le personnage de Michel Bouquet est  complètement inspiré  d’Audiberti.c’st lui qui disait qu’un roman n’était jamais assez « mexicain » et ,bien sûr,  il le fut,mexicain, avec sa silhouette massive, son ridicule chapeau italien, ses trop grosses mains et son air de toujours etre dans une salle d’attente.
enfin le styliste est magnifique , passe d’une écriture grand siècle , genre oraison funèbre..mais pour des hannetons…à un argot débraillé, avec une aimantation des mots particulière et si fantasque.. et des bouffées de gaieté d’écriture qui sont uniques dans cet après- guerre sartrienne nauséeuse et moraleuse dans un pays avec ses tickets d’alimentation, son chauffage au charbon, et un existentialisme d’un gris d’usine  ….

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Hélas, depuis sa mort en 1965, lui qui passait  les dernières semaines  de sa vie dans l’église saint -sulpice, aimait tant  à regarder le Delacroix , Jacob luttant avec l’ange,(qu’aimait aussi Patrice Chéreau), et les ruelles du quartier il reste dans un semi oubli. c’est mon clandestin préféré. il marche dans un purgatoire. ne demandez jamais à un vendeur ou une vendeuse de libraire de moins de trente ans un roman d’audiberti..

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souvenirs de tchekhov

Souvenirs dans un fauteuil de théâtre

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C’est quand même amusant les souvenirs de théâtre…notamment dans Tchekhov… ce que  filtre la mémoire  des soirées avec une salle bourrée de gens qui murmurent encore ou tapotent sur leur portable  quand le rideau s’ouvre…je me souviens de »la mouette » avec des Nina emmitouflées comme des fatma, d’autre au contraire, petites soubrettes  aux gestes coquins devant un Trigorine râleur dans son costume blanc sorti du pressing derrière  l’isba..…..certains metteurs en scène ajustaient  un foulard  à coquelicots sur la tete des  comédiennes  ou les affublait de longues jupes  de gitanes pour donner un côté paysanne russe alors que le visage  et la silhouette étaient  d’une ballerine ..  je me souviens   des Irina vampires  à quenottes inquiétantes ,tartinées de blanc.. et des Macha   délurées, constamment brûlantes  et moites.

Oncle Vania

.ou bien un oncle Vania , veste de velours  et  moustache gauloise  qui sortait  soit  d’une réunion du Parti, soit  ancien garde- chasse en Sologne..Je me souviens d’une « mouette »  jouée dans   une  vibrante lumière de  rayon surgelés  de supermarché , ce qui qui absorbait toute émotion, ou bien  « trois sœurs »  à la voix tonitruante, coincées dans  d’incessants claquements de portes, à secouer tout le décor ;  ou bien   Irina  lançant  « il faut beau aujourd’hui »  comme une imprécation..et une malédiction…,d autres qui avançaient vers le public, selon une ligne droite impressionnante ,les yeux vagues, comme sous hypnose,  arrivant jusqu’au  le bord de la scène…pour dire « vous avez fait vos études à Saint -Petersbourg ? » comme quelqu’un qui va se jeter dans la fosse d’orchestre..

il y eut, à ne certaine époque, pas mal  d’institutrices de campagne  militantes qui devient cacher dans leur  salle de  classe, derrière le tableau noir,  un   drapeau rouge et un portrait de Lénine…, paroles qui creusaient les joues, ou des docteurs Astrov , au bord de l’AVC pour dire « comme  c’est bizarre.. on se connaissait et  tout d’un coup, on ne sait pas pourquoi..on se verra plus.. » quel théâtre, avec professeurs avachis et gâteux, épouses à la  silhouette dure, l’allusion leste,les bras tout en arabesques et moulinets d’ombrelles, ,..   et qui racontent qu’elles  volent   de  conquêtes à Moscou en ruptures à  Riga ..et se retrouvent  -horreur- devant  des champs, un étang  et des bouses de  vaches.. … que de souvenirs.. par exemple mon premier  « Oncle Vania », à la télé noir et blanc .. Michel Vitold ,visage torturé, creusé,  renversé, titubant,  affolé de rêvasseries et de chagrins cachés ,fabuleux dans ses écorchures…….

Ou l’air pincé fermé  de Juliette Binoche , petite coquette bizarre et stérile, dans une « mouette » à l’odéon . Parfois, de toute une soirée il subsiste l’apparition, dans une scène nocturne, d’une comédienne,  lampe à pétrole à la main, châle sur les épaules frileuses qui nous jouait plutôt le fantôme  de l’orpheline à Baskerville ,  dans un pensionnat draculesque  que « la cerisaie. ».

Ou bien des  Astrov trainant toujours une grippe mal soignée  pour déplorer  la disparition des élans et des coqs de bruyère , tout en  époussetant les semelles de  leurs chaussures anglaises impeccables . j’aimais aussi   cette représentation  des » trois sœurs » qui étaient six, se cognant les unes dans les autres….Quelle belle boite laquée, boite à musique et manège à automates , les souvenirs de théâtre..  un Vitez  fébrile, serré, élégant ..un arlequin  voltigeant au milieu  des petits papiers blancs qui tombaient des cintres… Strehler..

parfois on garde  de simples images : comédiens grimés expressionnistes, charbonneux, furieux, gueules enfarinées, filles aux traits de kohl, cris bouche ouverte genre cinéma muet, belles épaules dénudées et pétards dans les coulisses..

Parfois  on   se faufile  dans la pénombre, courbé, on cognant des genoux ,pour échapper  à une pantalonnade hurleuse.

Les trois soeurs

Enfin  on respire  dans le promenoir desert ; au bar, parmi des hauts tabourets  en pêle mêle, un type en t- shirt rince des verres. On se dit que celui là joue tres bien… il a les vrais gestes…les gestes justes..

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Retour à Rome…

dsc02325Quand le train est passé le long de la mer, en ce jour de juin 1971, une étendue  douce, grise,  la mer sortait de la nuit, et une bande rocheuse sur une mer décolorée   puis le petit port de Civitavecchia  et enfin     la lumière des banlieues de  Rome  et  les quais de gare Termini .L’éclat  dur du  plein Midi sur les écroulements pierreux du Forum, et  l’après- midi, lente, la chaleur qui ne s’atténue pas  le soir.

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Je m’endors quelques instants  sur un banc. J’entends  les voix des passants , puis je flâne  parmi  des bassins  herbeux avec broussailles, semences ,graminées  du forum ;  des voûtes de pierre isolées  à la limite d’un immense terrain   sentent le thym,la pisse de chat, odeurs de caves, étroites bandes   d’herbe pelée, déjà grillée . Plus loin, après une longue muraille à demi écroulée,   un grand fleuve de lumière éclatante et sèche , des larges coups de vent : cette ville m’a fait oublier  une enfance morose  ,elle me révélait la joie des choses anciennes grandioses, fabuleuses, mosaïques  enterrées,  puis déterrées  ,dômes  herbeux,chicots de murailles, piscines cernées de gazon,  atriums ensevelis,  larges surfaces dallées ,pierres massives , chicots calcaires d’un champ de Mars en pleine ville avec ruelles, murailles poreuses et fleuries, collines,   labyrinthes,  dômes, temples, thermes,  escaliers étroits,     parois courbes   d’un orangé  sablonneux, quartiers populaires :  foule nonchalante dans les travées de magasins ;points brillants des embouteillages aux carrefours plein ciel.. Une espèce d’éternité   d’années  de pensionnat et son pesant ennui transformée en  fontaines bondissantes de joie pure ; de l’eau froide qui gicle de la fontaine sur une grille rongée de rouille,des ombres qui bougent, des enfants, des ruines chaudes,  l’ échancrure énorme  de Rome en ses collines,  de remparts,des ravins , des essaims de pollen, qui volent  sur la   Via dei Fori Imperiali  entre des rangées de pins.

alors que j’avais peiné sur mes versions latines ce n’était pas un souvenir personnel que je cherchais, pas du tout, mais je plongeais dans les souvenirs  d’une solitude d’un enfant en pension, au fond d’une étude,  s’endormant sur une version latine, un texte de Tacite ou de Cicéron.  pendant des années, avait germé  une mélancolie , celle d’un garçon prisonnier d’une serre. Soudain, dans cette Rome en ensoleillée, pleine d’une lumière top frite et d’ombres tranchées, de grands parcs en pente et de poteaux électriques vieillots,   tout se transformait .Ce qui avait mariné et pourri si longtemps au fond d’une étude pluvieuse dans mon adolescence  se transformait  en incandescence, ,des ponts  aux parapets brulants d’une lumière trop blanche, un chaos lumineux au fond du Tibre,  clarté, richesse, nappe scintillante, plénitude  et silence ,joie .

immense éboulement du passé, pure présence ce la joie immédiate.. Tout   devint  gazeux, immatérielle, petits pavés noirs défoncés , ruelles antiques, épaules nues des jeunes femmes, crépitement d’une petite pluie froide de deux minutes sous une pergola,s –somnambulisme, vie verticale, naissance.

dans la brise d’un soir de   juin , dans ces allées à ombrages frêles,  dans le pollen des allées – et maintenant des années-un miracle avait semblable à ce qu’on éprouve quand on découvre un immense estuaire desséché et ses roseaux qui crissent .

eu lieu, toutes ces ruines épars   me délivraient, me libéraient, me  dispensaient  sans compter la joie romaine lascive d’une réalité historique et archéologique qui voyait grand. .. L’arène de ciel pur, l’herbe trop sèche des talus, ciel pur aussi épais de bleu …

Maintenant, c’est là que je suis.

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